mardi, 18 juin, 2024
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Une supercherie du Souvenir Français: LES 7 OTAGES FUSILLÉS DE GUNSTETT

Auteur de l’article : Mr Jean-Claude STREICHER

Dans les pages locales des DNA de ce 23 mai 2024, Lea Schneider a annoncé la commémoration du Printemps des cimetières devant se dérouler le samedi 25 mai à partir de 17 heures à Gunstett au pied de la dalle du Souvenir français inaugurée le 7 août 1932.

Elle l’a annoncée avec une photo grand angle de cette dalle ainsi légendée : « À l’arrière de l’église de Gunstett, une stèle commémore le destin funeste des sept habitants pris en otage et fusillés par les troupes allemandes en août 1870. » Cette simple phrase peut être considérée comme un cas d’école de tromperie par auto-suggestion pernicieuse.

Il est vrai que la disposition des lieux y invite amplement : cette dalle, scellée assez haut dans le mur sud de l’église, énumère en effet les noms de ces sept habitants, en tête desquels figurent les époux HERRBURGER, dont la pierre tombale d’origine a été spécialement déplacée pour cette inauguration afin qu’elle se trouve exactement à la verticale de cette dalle. L’inscription de la dalle prétend que ces sept habitants ont été « fusillés par les troupes allemandes le 6 août 1870 ». Lea amplifie le pathos en ajoutant que ces sept fusillés avaient été pris en otage.

Mais rien de tout cela n’est vrai

Tout est même archi-faux : aucun de ces 7 Gunstettois n’avait alors été pris en otage pour servir de monnaie d’échange ou de moyen de pression. Aucun d’entre eux n’a alors été fusillé au sens littéral du terme, c’est-à-dire aligné dos au mur contre le mur de l’église (ou un autre) pour être éliminé à bout portant par un peloton d’exécution comme chacun d’entre nous l’a déjà vu mille fois sur des représentations de telle ou telle guerre.

S’y ajoute de plus un mensonge sur la date, car seuls trois de ces Gunstettois sont morts ce 6 août, les autres étant décédés les jours suivants.

Moi, Jean-Claude Streicher, je tiens à le dire haut et fort comme descendant direct, par ma mère, de Caroline, deuxième fille des époux Herrburger que la dalle énumère en premier.

Caroline était alors âgée de 11 ans. Par chance, elle a survécu aux événements de ce 6 août avec son frère aîné et ses deux sœurs, mais, comme on peut le supposer, non sans être gravement choquée ou commotionnée par tout ce dont elle avait alors été la témoin.

Je m’autorise à le dire aussi comme historien, certes non diplômé de l’Université et non « historien professionnel », comme aiment à se qualifier désormais ceux qui ont été habilités à enseigner l’histoire ou à faire carrière dans les musées, le devoir, le travail ou le tourisme de mémoire. Je ne suis qu’un historien amateur, autodidacte et quelque peu franc-tireur, veillant néanmoins à me documenter le plus méthodiquement possible, à explorer sujet après sujet toutes les sources disponibles, à les confronter une à une et à les citer exhaustivement en notes comme l’exige tout travail universitaire à prétention scientifique.

Je suis ainsi l’auteur, entre autres, d’une généalogie et histoire familiale (Familienbuch) des Herrburger de Gunstett et de leurs cousins, qui ont été facteurs de pianos à Paris. Meinrat, le fondateur de la lignée, était venu vers 1720, avec des compatriotes, des environs de Feldkirch dans le Vorarlberg repeupler les terres de l’abbaye cistercienne de Neubourg, près de Haguenau. Après avoir défriché l’histoire de la saline de Soultz-sous-Forêts et celle de l’exploitation du bitume au Pechelbronn, je me suis intéressé au déroulement de la guerre de 1870 dans nos contrées en vue du 150e anniversaire des batailles de Wissembourg et de Woerth-Froeschwiller, non pas pour redire ce qui a déjà été rabâché plus de mille fois, mais pour les revisiter sous des angles nouveaux.

Dans la logique de mon Herrburger Familienbuch, j’ai ainsi creusé la question dite des otages de Gunstett, dans laquelle mes aïeux se trouvés impliqués, pour en comprendre les circonstances et l’enchaînement des faits.

Dans la même optique, j’ai revisité la question de la charge des cuirassiers du 6 août à Morsbronn, notamment pour comprendre pourquoi Edouard Detaille en a peint deux versions, l’une avec, l’autre sans barricade au premier plan. Le Musée de Woerth possède, comme on sait, celle sans barricade, en étant persuadé que c’est la version initiale, non corrigée, et par conséquent la plus authentique. Or, j’ai pu prouver par A + B, à partir de sources irréfutables et photographiables, que c’était impossible, et qu’en conséquence le musée ne détient que la version dont la barricade a été gommée sur commande particulière cinq années plus tard, en 1879.

De même, j’ai revisité – suivant les principes de l’histoire comparative – la question de l’organisation et de l’efficacité du secours aux blessés porté tant côté français qu’allemand après nos deux batailles dans une douzaine de nos localités, d’Altenstadt à Bischwiller. Là, j’ai pu prouver par A + B que le secours français était alors loin de valoir celui des Prussiens, à l’image de tout le reste d’ailleurs. Il n’observait pas même les recommandations de la Convention de Genève, que la France avait pourtant été parmi les premiers pays à signer.

C’est quoi déjà un otage en contexte de guerre ?

Pour la question des prétendus « otages », je sors donc également les sentiers convenus, battus et rebattus. Et cela en partant des définitions sémantiques les plus usuelles, sur lesquelles nous devrions tous pouvoir nous accorder. Plus haut, j’ai déjà donné ma définition du « fusillé ». Quelle est maintenant celle de l’ « otage » ?

C’est désormais un terme très connoté 2e Guerre mondiale et Résistance. Il désigne des personnes civiles, généralement innocentes, saisies de force par l’un des belligérants pour obtenir de l’autre belligérant une lourde contrepartie : une libération de prisonniers, le versement d’une rançon ou encore la dénonciation d’auteurs d’actes terroristes, faute quoi ces otages sont impitoyablement exécutés.

Deux exemples célèbres peuvent être donnés pour déterminer dans quelle mesure le cas gunstettois s’y apparente ou pas.

Le premier est celui des six bourgeois de Calais, qui en août 1346 s’étaient livrés la corde au cou aux Anglais pour éviter le pire à leur ville assiégée. C’étaient donc pour une fois des otages volontaires. L’autre exemple est celui des otages dits de la Commune de Paris survenu en avril 1871, à la veille des massacres dits de la Semaine sanglante. Il a même été posé et défini par un décret officiel du 6 avril du gouvernement très à gauche de ladite Commune, dans une forme tarifée préfigurant déjà les ordonnances de la Kommandantur de Paris des années noires.

« Toutes personnes, annonce ce décret, prévenues de complicité avec le gouvernement de Versailles, seront les otages du peuple de Paris. Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan régulier de la Commune de Paris sera sur le champ suivie d’un nombre triple d’otages retenus. »

Peu après, la Commune proposait l’échange de l’archevêque de Paris, qu’elle retenait prisonnier, contre le révolutionnaire Auguste Blanqui capturé par les Versaillais. Le gouvernement Thiers refusa. La Commune proposa alors de libérer 74 otages (des ecclésiastiques principalement) qu’elle retenait à la prison de la Roquette) contre le seul Blanqui. Thiers refusa à nouveau. Six otages sont alors fusillés dans la cour de la prison, dont l’archevêque, un abbé et trois jésuites. Le 26 avril, une 50e d’autres otages étaient fusillés. Mais leur nombre total reste flou et contesté. Il est généralement minimisé par rapport aux quelque 20 000 victimes des massacres de la Semaine sanglante.

Le scénario parisien présente-t-il des analogies avec ce qui s’est passé à Gunstett ? Pour le savoir, passons maintenant en revue chacun des 7 prétendus otages prétendument fusillés, listés par la dalle du Souvenir français.

Les 4 premiers tués selon le registre des décès

Les deux premiers sont Jean HERRBURGER et son épouse Dorothée, née LEHMANN. Ce sont effectivement les deux premiers civils tués ce 6 août à avoir été inscrits dans le registre des décès de la commune1. Jean avait alors 50 ans et Dorothée 48. Jean était le fils d’un tissier de lin à domicile, qui a été militaire une quinzaine d’années. A 36 ans, il avait épousé Dorothée, qui était une fille de l’aubergiste-musicien du village, mais l’auberge continua d’être appelée s’Lehmanns. Jean a été abattu d’une balle dans la tête, alors qu’il courait de chez lui vers la maison voisine, selon la thèse la plus plausible des sept que j’ai trouvées expliquant les circonstances de sa mort. Mais quel motif l’avait-il alors poussé à courir vers la maison de son voisin ? Mystère.


Dorothée, elle, a alors été transpercée de coups de baïonnette sur le pas de sa porte. Sans doute pour faire taire ses cris de protestation et de douleur. Leurs enfants ont pu échapper au pire en res- tant cachés dans la maison, sous un lit dans le cas de Caroline, son frère et sa sœur aînés ayant par contre été blessés.


Le 3e tué dans le registre des décès (le 5e sur la dalle) est Georges STEPHAN, 14 ans, fils d’un tailleur d’habits. Il serait mort ce 6 août vers 15 heures comme les Herrburger. Il se trouvait alors chez les Spill avec d’autres villageois, dans une cave, d’où des coups de feu auraient alors été tirés contre les Prussiens. Ces derniers auraient alors riposté pour les faire sortir. Georges se serait alors rendu suspect en tentant de s’échapper par la porte arrière. Mortellement blessé par une balle, il s’é- tait alors caché sous le four à pain, où il a succombé le lendemain peu après qu’on l’y eut découvert.


Le 4e dans le registre des morts (mais 3e sur la dalle) est Joseph WIRRMANN, 29 ans, fils ma- rié d’un laboureur de Gunstett, décédé le 7 août vers 8 h du soir dans des circonstances analogues à celle de Jean HERRBURGER : il était sorti de chez lui pour chercher de l’eau (« Er wurde beim Wasser holen auf der Strasse von einem Geschoss getroffen », écrit l’Unterländer Kurier de Hague- nau du 7 août 1932.


Ces 4 premiers tués forment une catégorie à part, différente des trois suivants. On conviendra aisé- ment que, bien qu’ils aient été abattus de sang froid à coups de fusil ou de baïonnette, ils n’ont pas été fusillés en bonne et due forme. Ils n’ont pas non plus eu le temps d’être instrumentalisés comme otages.


Selon le registre communal des décès, les 3 premiers tués auraient trouvé la mort vers 15 heures. Une simultanéité qui exige une explication. La bataille de Woerth était alors en train de se terminer du côté de Froeschwiller. Mais c’était bien après le très violent choc, qui avait opposé dans la mati- née, entre Gunstett et la Brückmühle, des turcos envoyés contre-attaquer et refouler les Prussiens du XIe corps, qui déboulaient en flots continus depuis Soultz pour prendre l’armée Mac-Mahon en tenaille par le sud sur l’autre rive de la Sauer.


Si cette heure de 15 heures (consignée par le maire Kuhn vers 19 heures seulement) est exacte, un délai de plus de quatre heures s’était donc écoulé entre la fin de ce choc et la mort des trois premiers Gunstettois. Pour quelle raison ? Aucune des multiples sources consultées, tant allemandes que fran- çaises, ne l’explique clairement. On peut donc supposer que les villageois (qui ne s’étaient pas réfu- giés dans les forêts des alentours) étaient alors restés terrés chez eux. Que cette situation a fini par énerver les Prussiens, qui de ce fait ne trouvaient rien à boire, ni à manger dans le village. Le maire Kuhn, de plus, avant de s’éclipser, avait fermé à clé tous les bâtiments communaux (mairie, école…), où les Prussiens auraient bien voulu déposer leurs blessés.

Ils étaient d’autant plus énervés qu’ils avaient constaté que certains de leurs blessés ont eu les yeux crevés et la langue coupée, qu’on leur avait tiré dans le dos pendant qu’ils affrontaient les tur- cos. Ils accusaient donc aussi les Gunstettois d’être des pilleurs de cadavres (Leichenflodderer) et des francs-tireurs (Freischärler). A l’approche des 15 heures, il se pourrait donc que les Prussiens excédés se soient enfin décidés à faire sortir tous les Gunstettois de leurs caches. A cet effet, selon Dick de Lonlay2, ils auraient alors tiré dans les soupiraux. Nombre de villageois se seraient alors rendus suspects par des attitudes non coopératives.


L’autre hypothèse
Mais il est plus vraisemblable que la chasse aux Leichenflodderer et aux Freischärler a été enga- gée par les Prussiens dès la fin du choc avec les turcos. Elle s’est déroulée sans ménagements. Les suspects ont alors été rassemblés, non pas dans le cimetière, au pied de l’église, où étaient déjà dépo- sés nombre de blessés, mais dans la Aussengasse à la sortie vers Surbourg, où ils n’ont cessé d’être couverts d’insultes par la troupe pour tous les méfaits qu’elle leur reprochait. Elle réclamait unani- mement de les pendre ou de les fusiller sur le champ. Mais aucun officier ne voulut alors prendre la responsabilité d’un tel ordre. C’était au Kronprinz de Prusse, Oberbefehlshaber de la IIIe armée alle- mande, d’en décider. Il fallait donc amener tous les suspects à son Hauptquartier, au château Geiger de Soultz.


Au début, ces suspects auraient été une cinquantaine3. Mais dans la soirée, ils n’ont plus été qu’une vingtaine, dont l’instituteur (surpris avec deux fusils) et le fils du maire, mais pas le curé, à être em- menés à Soultz sous bonne escorte. A leur vue, personne ne douta du sort qui les attendait.

C’est ainsi que la rumeur s’est aussitôt répandue sur tout le champ de bataille, qu’ils ont été fusillés. Mais à Surbourg, où ils passèrent la nuit dans un grand inconfort, contre-ordre : le Kronprinz n’était plus à Soultz. Il fallait les amener à Froeschwiller, où se trouvait dès lors le commandant du XIe corps prussien.


Le chemin de croix de nos suspects (leur « Via dolorosa », écrit Paul Stroh), reprit donc en sens inverse. C’est alors qu’agonisa, d’après l’état civil, le 5e Gunstettois (le 4e sur la dalle) Jean KORN- PROBST, 61 ans, veuf né à Schoenenbourg et garçon meunier au moulin de Gunstett. Il décéda le 7 août à Biblisheim, vers 8 heures du matin, suite aux coups qu’un soldat lui avait donnés à l’entrée du village pour le faire marcher plus vite. Son corps a alors été ramené à Gunstett, sur un chariot, son fils allongé vivant sur lui (?), pour y être inhumé.


La 6e victime dans l’état-civil comme sur la dalle est Antoine JUCKER, 82 ans, laboureur, deux fois veuf, né à Lampertsloch et décédé ce même 7 août également vers 8 heures, mais « dans la hauteur de Morsbronn » (?). La douzaine de suspects survivants finit quand même par atteindre Froeschwiller, où ils sont présentés au pasteur Klein de ce village comme étant de ses paroissiens. Mais celui-ci ne mit pas longtemps à comprendre qu’ils étaient de Gunstett. Ils n’étaient donc pas protestants ! Un adjudant se proposa alors d’aller chercher un aumônier militaire français pour les confesser et leur donner les derniers sacrements, bien qu’ils eussent juré au pasteur d’être innocents de toutes les horreurs dont ils étaient accusés.


Nouvelle embrouille : le commandant de la place ne voulut pas non plus trancher leur cas. Il fal- lait les ramener à Soultz ! A l’étape de Woerth, ils sont gardés pour la nuit dans la cour de l’école. Deux d’entre eux, dont le fils du maire, parviennent alors à s’échapper. Mais Joseph SPILL, 52 ans, journalier non marié à Gunstett, s’étant rebellé, reçut d’une sentinelle un coup de sabre sur la tête.


Le soir du 8 août, un officier se présenta enfin pour leur dire que par ordre du Kronprinz tous pou- vaient rentrer libres chez eux. Ce qu’ils firent, sauf Joseph SPILL, que la gravité de sa blessure à la tête empêcha d’aller plus loin qu’un calvaire à la sortie de Woerth. Sa sœur viendra l’y chercher le lendemain en brouette. Il succombera à sa plaie, sans doute infectée, vingt jours plus tard, le 28 août vers 10 heures du matin. Septième des civils morts des suites de la bataille dans le registre des décès comme sur la dalle, il passe pour le propriétaire de la maison d’où seraient partis la plupart des coups de feu tirés contre les Prussiens et où s’était réfugié le 3e tué, Georges STEPHAN.


Ainsi donc, la dalle du Souvenir français n’a-t-elle pas suivi scrupuleusement l’ordre dans lequel les 7 tués ont été consignés dans le registre des décès de la commune. Ce qui peut vouloir dire que le Souvenir français ne s’est pas documenté à partir de ce registre. Il n’a pas non plus pris en compte ce que disent les deux principaux récits de cet douloureux épisode, que sont la Froeschweiller Chro- nik du pasteur Klein et les Kriegserinnerungen eines Elsässers de Georg Müller de Lembach. Parce qu’ils avaient été rédigés et édités en hoch deutsch ? Ceux-ci auraient pu le convaincre que les sept Gunstettois n’ont pas été été fusillés, ni à aucun moment traités en otages (« Geisel »).


M. Woltz, initiateur de la dalle des fusillés
Selon toute apparence, l’initiateur de la dalle n’est pas le Wissembourgeois Auguste Spinner, père du monument du Geisberg de 1909, alors âgé de 68 ans et domicilié à Strasbourg, pourtant présent à son inauguration, mais M. Woltz de Haguenau, alors vice-président de l’UNC (Union nationale des combattants) et nouveau et très actif « délégué » de la section du Souvenir français de Woerth. Pour les commémorations du 6 août 1931, il avait ainsi « fleuri toutes les tombes françaises et alleman- des du champ de bataille »4.


Le dimanche 21 février de l’année suivante, à l’occasion de la remise à Gunstett de la médaille mi- litaire à deux vétérans de 1870 du cru, il était fier de pouvoir annoncer qu’ « une plaque sera apposée le 7 août prochain par les soins du Souvenir français sur le mur de l’église (en) mémoire des sept fusillés civils, qui reposent dans le cimetière, victimes innocentes de l’envahisseur déchaîné »5. L’an-née suivante, M. Woltz obtiendra encore l’apposition au Schirlenhof d’une plaque en mémoire du maréchal des logis Pagnier, « première victime de la guerre »6. A la suite de quoi, il a passé le relais à un certain M. Helminger.


Après notre revue des sept, on admettra volontiers, j’espère, que les trois derniers d’entre eux cons-tituent effectivement une catégorie différente des 4 premiers, et qu’ils n’ont pas non plus été fusillés, ni instrumentalisés comme otages. Ils ont seulement succombé aux mauvais traitements ou brutali-tés subis lors de leur interminable marche forcée de Gunstett à Surbourg, puis retour à Froeschwiller et Woerth. Marche forcée effectivement bien plus éprouvante que celle que les 11 suspects de Woerth ont eu à subir, sans trop de dommages, de Woerth à Soultz le soir du 6 août.


En distance, la marche forcée des Gunstettois est par contre comparable à celle que les 9 suspects de Langensoultzbach durent endurer du 6 au 8 août de la part des Bavarois qui comme les Prussiens de Gunstett avaient cru le matin du 6 être pris entre deux feux, ceux des turcos et des villageois. Pour être jugés et condamnés par une cour martiale improvisée, ceux de Langensoultzbach ont alors été traînés jusqu’à Climbach, puis retour jusqu’à Niederbronn, sans qu’aucune preuve sérieuse de Freischärlerei n’ait pu les accabler. Ils ont fini par être relâchés suite à une démarche du baron Eu- gène de Dietrich, qui était en effet un parent du général von der Tann, le commandant du corps d’ar- mée bavarois, baron qui en outre tint alors à les réconforter sur sa cassette d’un copieux repas.


Les suspects de Gunstett et de Woerth, eux, ont été absous le 8 et le 7 août respectivement, sans le moindre chipotage de la part du Kronprinz de Prusse. Au lieu d’agiter périodiquement, y compris devant de très jeunes scolaires, le spectre de prétendus otages civils innocents prétendument fusillés qui n’ont jamais existé, ne conviendrait-il pas plutôt au contraire de se féliciter que cette triple affai- re de suspects se soit terminée au mieux dès que le stress de la bataille fut retombé ?


Le Souvenir français a ainsi été le premier, par le biais de sa dalle du 7 août 1932, à victimiser of- ficiellement et à la louche, mais sans fondement sérieux, les 7 Gunstettois comme « fusillés ». C’est par contre Paul Stroh, alors instituteur dans le petit village de Buhl près de Niederroedern, qui en 1970 dans son ouvrage « Wissembourg Froeschwiller 1870 »3 publié pour le centenaire des deux ba- tailles, a été le premier à les victimiser comme « otages ». Avant lui, et jusqu’en 1970, en effet, ils étaient très ordinairement et tout simplement qualifiés de « victimes civiles » (« Zivilopfer »), y compris en août 1932 par la presse locale qui a rendu compte de l’inauguration du Souvenir français. En tout cas jamais, ô grands dieux, ils n’avaient été qualifiés de « Geiseln ».


Il serait donc temps que ces supercheries, ces impostures même, de petits télégraphistes du devoir de mémoire fran- çais, cessent enfin. Mais vu l’inertie générale, je n’ai guère d’espoir…


Jean-Claude STREICHER (2 juin 2024)

(1) Adeloch. (2) Histoire anecdotique de la guerre de 1870, Gar- nier Frères, Paris, 1887-1891. (3) Paul Stroh : « Wissembourg Froeschwiller 1870 », Ass. des œuvres scolaires de l’arrondisse- ment de Wissembourg, chapitre : « La tragédie des otages », p. 140- 148. (4) Le Messin, 9 août 1931. (5) Dernières Nouvelles de Strasbourg, 23 février 1932. (6) Journal de Wissembourg, 12 août 1933.

Auteur de l’article : Mr Jean-Claude STREICHER

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